À l’ère de l’IA, comprendre devient la vraie compétence

Entretien avec Chris Chevalier, Directeur du Cursus Bachelor Informatique.

À l’heure où les intelligences artificielles peuvent aligner des lignes de code en quelques secondes, le rôle du développeur change radicalement. « On peut produire du code sans vraiment comprendre ce qu’on fait. C’est là, le réel problème actuel. »

Chris Chevalier explique que beaucoup d’écoles forment des profils capables de “faire fonctionner” une solution, mais incapables de l’expliquer, de la maintenir ou de la faire évoluer.

Comprendre ce que l’on produit

Dans le cursus Bachelor Informatique de l’École Hexagone, cette conviction se traduit par une pédagogie exigeante, centrée sur le contrôle. Le Directeur de cursus insiste sur un point fondamental : l’outil ne doit jamais remplacer la réflexion.

« Contrairement à quand j’étais étudiant, aujourd’hui, transmettre ne consiste plus seulement à apprendre à produire du code, mais à apprendre à challenger ce que l’on produit. »

Il sourit en évoquant sa méthode : « Chaque notion théorique est rapidement mise en pratique, mais avec une règle d’or : être capable d’expliquer ce que l’on fait, pas seulement de voir que “ça marche”. »

C’est pour cela que chaque module a été modifié et se conclut par une double évaluation :

Le métier avec l’IA

La question de l’impact de l’IA générative arrive naturellement dans la conversation. Comment préparer les étudiants à un métier en pleine mutation ?

On voit apparaître ce qu’on appelle le “vibe coding” : le fait de générer, puis de tester en espérant que cela fonctionne. Pour Chris Chevalier, le Bachelor doit être le rempart contre cette perte de maîtrise.

« Ce qui fera la différence demain, ce ne sera plus la capacité à produire du code, mais à le critiquer et le reprendre. Un système généré par IA peut être dangereux en production s’il est mal compris. »

La curiosité et l’esprit critique : les nouvelles soft skills

Quand on lui demande ce qui distingue réellement un bon profil technique aujourd’hui, la réponse est évidente :

« C’est la curiosité. Si l’étudiant prend le temps de se renseigner en profondeur sur les mécanismes fondamentaux, il acquiert une maturité qui compense n’importe quelle lacune technique. »

Puis il ajoute : « Un bon développeur ne se contente plus d’accepter une solution. Il la critique, la teste, la démonte. C’est particulièrement vrai avec l’IA : il est facile d’obtenir une réponse, mais difficile d’en évaluer la qualité. »

Une formation ancrée dans la réalité des entreprises

L’école ne travaille pas en vase clos. Pour s’assurer que le contenu reste aligné avec le marché, les directeurs de cursus confrontent systématiquement leurs programmes à des professionnels en activité avant chaque rentrée.

« L’objectif n’est pas de suivre bêtement les tendances, mais de vérifier que les compétences enseignées — comme la maintenabilité du code ou la reprise de projet — sont celles dont les entreprises ont réellement besoin. »

Cette immersion se double d’un accompagnement personnalisé. Que l’étudiant soit néophyte ou passionné, l’exigence reste la même : atteindre l’excellence.

« Nous adaptons les modalités d’apprentissage en fonction des profils, mais jamais le niveau d’exigence. »

Conclusion

Dans un monde où le « produire » est désormais automatisé, l’École Hexagone a pris un parti que peu d’écoles osent encore assumer : celui d’accepter pleinement l’IA pour apprendre à réellement bien travailler avec.

Plutôt que de la subir ou de l’ignorer, le cursus apprend aux étudiants à en faire leur outil de prédilection, sans jamais lui abandonner le contrôle. C’est ce pari de l’intelligence et de la rigueur qui permet de former des développeurs qui ne sont plus dépendants de leurs outils, mais qui les dominent.

Comme le résume Chris Chevalier en une phrase : « Aujourd’hui, produire du code est devenu facile. Comprendre ce qu’on produit ne l’est plus — et c’est exactement ce que nous enseignons. »